Contexte

Spécificité de la déficience visuelle : le  contexte qui a motivé le programme PLR 

Des cheminements cognitifs différents

Un petit enfant aveugle perçoit le monde principalement à travers ce qu’il entend et ce qu’il touche. Il construit ses représentations mentales à travers des  cheminements cognitifs  différents  de ceux des adultes bien voyants qui prennent soin de lui. Apporter des aides éducatives, et une compensation au handicap,  demande aux professionnels et aux parents une attention très particulière et la possibilité d’utiliser des outils (objets ou méthodes pédagogiques) adaptés.

                                                                                 

Les livres, mais plus encore : le langage

Les professionnels soulignent  la rareté et le coût des livres adaptés (livres en braille, audio, tacitement illustrés...) mais ils soulignent aussi, dans tout ce qui met en jeu le  langage, des difficultés des enfants  liées à la construction de représentations.

                                                                                                                                   

Sans cesse repérer l’implicite

Les questions liées  au développement du langage oral chez le petit enfant aveugle ou très malvoyant doivent  se travailler  autant que celles de l’accès aux livres. En effet, les histoires, tout comme  le bain langagier dans lequel il évolue, se réfèrent sans cesse au monde visuel et contiennent beaucoup d’éléments implicites qui vont de soi pour quelqu’un qui a toujours vu  mais qui peuvent être très difficiles à imaginer ou  à inférer pour un enfant  qui n’a jamais vu ou dont la vue est limitée. Pensons simplement à des  histoires où « le petit lapin s’est caché sous les bûches », « l’oiseau s’envole »,  « la cheminée fume », « le chat se promène sur le toit »

Des créations mobilisantes

Pour répondre à  tous ces besoins, les professionnels soulignent le temps  passé à  créer sans cesse dans l'urgence des « outils » , comme par exemple  l’adaptation de livres albums qui sont utilisés pour des activités thématiques avec les  copains  bien voyants de la classe en maternelle  mais qui, sans l’apport des images, et sans  référence à une expérience directe du contexte présent dans l'histoire, perdent  beaucoup de leur attrait et de leur intelligibilité pour l’enfant déficient visuel.

S’exprimer en tenant compte de repères non familiers, inventer des outils

La meilleure compréhension et appropriation par l’enfant de tout ce qui est évoqué en classe, à la maison, et dans toutes les occasions de rencontre et de partage demande un étayage attentif de l’adulte pour que l’enfant puisse toucher, découvrir les aspects,  les mouvements, les fonctionnements, de tout ce dont il entend parler sans avoir pu en avoir une perception globale directe.

Cela demande  à l’adulte de passer beaucoup de temps avec l’enfant. Cela lui demande aussi de trouver des solutions  à sa propre difficulté à décrire des situations dans des termes et avec des outils qui se réfèrent à des perceptions autres que visuelles. (L’outil peut être ici un objet, comme une proposition  d’explorer un espace d’une certaine façon etc…) Etre à l’écoute de la situation d’où l’enfant interroge  et partir des acquis que l'enfant  a pu précédemment construire est essentiel. 

Il voit un peu, il compense beaucoup

Les personnes qui prennent soin des enfants  aveugles ou très malvoyants sont confrontées à  des situations très diverses, parce que les degrés et les types de déficiences visuelles sont extrêmement variés. Aux côtés de la situation d’un petit enfant qui n’a jamais vu, ou qui bénéficie  d’une légère perception lumineuse qui l’aide à s’orienter, nous trouverons des enfants qui voient plus nettement  mais à travers un champ très restreint, comme par le trou d’une serrure : pour ceux-ci explorer visuellement un espace  sera une démarche séquentielle, une exploration qui se fera petit détail après  petit détail, et à l’issue de laquelle il devront reconstruire mentalement une représentation d’ensemble. Un autre enfant n’aura pas accès à une vision centrale et ne pourra pas lire les caractères d’imprimerie. Pour un autre tout sera  flou, ou flou au delà de 10 cm…Voir un peu ne supprime pas les manques  dans  la perception ni le besoin d'étayages et de compensations pour construire des représentations mentales les plus riches possible.

Voilà donc le  contexte qui nécessite de  mutualiser largement outils, moyens et réflexion.